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Ecrivains visionnaires : Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley

Le Meilleur des Mondes est un roman d’anticipation dystopique*, rédigé en France (Sanary) en quelques mois seulement. Il y montre une grande connaissance de la littérature anglaise (Shakespeare), d’où la préface écrite pour l’édition française. Mais le lecteur se doit de lire attentivement sa préface de 1946 qui permet de mieux comprendre un roman difficile à lire, non seulement parce que les perspectives ouvertes sont bien sombres, mais aussi parce qu’elle permet de mieux comprendre l’auteur lui-même. Et impossible d‘oublier le clin d’œil fait à Voltaire par le titre français du roman. Le philosophe du XVIIIème siècle donné comme titre à son conte philosophique : Candide, ou l’Optimisme, et Pangloss console ainsi Candide, qui a survécu à tant de terribles situations: « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes POSSIBLE »

Son principal intérêt est de nous amener à réfléchir aux comportements humains qui, à force de chercher un bonheur parfait, une vie sans souffrance acceptée, sans aléas, aboutissent à une dictature intellectuelle. Par l’hypnopédie (répétition continuelle pendant le sommeil de règles comportementales), on conditionne l’être humain. (Impossible de ne pas penser aux rabâchages de nos médias).Par le clonage des embryons, « fabriqués » et reproduits en laboratoire, (la notion de « parents » devient vulgaire et obscène !) la sélection des individus par des procédés artificiels, on organise un système de castes si pervers que chacun est satisfait de son sort, même ceux qui servent d’esclaves aux mieux nantis !

Tout cela est bien sûr connu des contemporains de l’auteur : nous sommes à l’époque du Taylorisme, c’est-à-dire de la « rationalisation » du travail (écho bien actuel), illustrée par Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes. A cette époque les usines Ford, (Le Meilleur des Mondes, c’est « Notre Ford »), qui fabriquaient en série les premières automobiles, faisaient travailler les ouvriers à des rythmes insensés dans de telles conditions que ceux-ci partaient très vite et que Ford dut les « fidéliser » en augmentant considérablement leurs salaires.

Certes, il est des réponses personnelles, individuelles, à ces conditionnements : Bernard Marx, en marge, (parce que, bien que Alpha, il a été un peu « raté » lors de sa « gestation », par erreur « humaine » !!) oppose une résistance finalement stérile, car il utilisera le Sauvage pour mieux s’intégrer à cette société qu’il semble mépriser. Mustapha Menier, le puissant Directeur, conscient des faiblesses de ce monde qu’il gouverne, en profite sans cas de conscience, au point d’avoir abandonné Linda et son fils

L’ancien monde, celui où a été élevé le Sauvage, n’est pas non plus idéal, loin s’en faut. Et l’auteur évoque la société du XIXème siècle. Mais les hommes y pleurent encore leur mère, tombent amoureux !

Et nous ? Nous montrons-nous capables de résister à un monde qui se dirige de plus en plus vers le cauchemar d’Aldous Huxley ? Nos résistances individuelles seront-elles stériles, comme le pensent certains ? Ou devons-nous faire confiance à la jeunesse pour inverser les tendances ?

Comme on le voit, cette lecture nous amène à nous poser bien des questions sur notre société. Et on se doit de saluer le pouvoir d’anticipation, d’imagination de l’auteur. Cette lecture, que certains d’entre nous ont faite il y a cinquante ans, et qu’ils avaient jugée alors moins sombre, car trop fictive, peu probable, nous glace maintenant car le monde qu’elle imagine ne nous semble plus si improbable… Qu’en pense notre jeunesse, au moment où l’on peut redouter le pouvoir de conditionnement des médias, où s’impose une société des loisirs et d’un bonheur plus ou moins artificiel (usage intensif des anxiolytiques, le « soma »), où l’on peut, où l’on doit, s’interroger sur la portée des recherches scientifiques, (manipulations génétiques entre autres)

L’un d’entre nous a rappelé cette phrase de Rabelais (Pantagruel, 1532) : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Encore une fois, nous constatons que nos grands écrivains posent les bonnes questions, depuis 2000 ans…    

 *Dystopie : fiction qui décrit une utopie sombre

 Nous nous retrouverons le samedi 17 mars prochain avec George Orwell, La Ferme des Animaux

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